Histoire du langage des fleurs : des sélams ottomans aux bouquets victoriens

Une rose rouge pour l’amour, une violette pour la modestie… Ces correspondances nous semblent évidentes. Elles sont pourtant le fruit d’une longue histoire, entre traditions orientales, dictionnaires français et engouement victorien. Retour sur la naissance du langage des fleurs, cette « floriographie » qui inspire encore nos bouquets.

Des symboles aussi anciens que les civilisations

Bien avant qu’on parle de « langage des fleurs », les plantes portaient déjà du sens. Dans la mythologie grecque, le narcisse, l’iris ou l’anémone naissent de récits de dieux et de héros. La Bible, la poésie persane ou les traditions d’Extrême-Orient font elles aussi des fleurs des symboles. Shakespeare lui-même, dans Hamlet, fait réciter à Ophélie la signification du romarin (le souvenir) et de la pensée.

Le « sélam », une origine ottomane

L’histoire moderne du langage des fleurs commence à Constantinople. À la cour ottomane, un système de messages codés par des objets et des fleurs, le sélam, permettait d’échanger des mots d’amour. Au début du XVIIIe siècle, l’épistolière anglaise Lady Mary Wortley Montagu, épouse de l’ambassadeur britannique, décrit ces usages dans ses lettres, qui contribuent à les faire connaître en Europe. Vers la même époque, Aubry de La Mottraye introduit ces codes à la cour de Suède.

La France invente le dictionnaire des fleurs

C’est en France que la floriographie devient un véritable système. En 1819 paraît Le Langage des fleurs, signé « Madame Charlotte de La Tour », pseudonyme de Louise Cortambert. L’ouvrage, présenté comme un dictionnaire associant chaque fleur à un sentiment, connaît un succès considérable et sera traduit et adapté dans de nombreux pays.

L’âge d’or victorien

En Angleterre, l’ère victorienne (1837-1901) porte la mode à son sommet. Les manuels se multiplient, comme The Sentiment of Flowers de Robert Tyas (1836), présenté comme une version anglaise de l’ouvrage de Charlotte de La Tour. On échange de petits bouquets, les tussie-mussies, dont chaque fleur compose un message que le destinataire déchiffre avec son dictionnaire. Dans une société où l’on exprime peu ses sentiments, les fleurs parlent à la place des mots.

Les dictionnaires ne s’accordaient d’ailleurs pas toujours : une même fleur pouvait avoir plusieurs sens selon l’auteur. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, les significations varient d’une source à l’autre.

Quelques symboles hérités du XIXe siècle

Fleur Message traditionnel
Rose rouge L’amour passionné
Violette La modestie
Myosotis Le souvenir fidèle
Lilas Les premiers émois amoureux
Pensée « Je pense à vous »
Lierre La fidélité, l’attachement

Retrouvez-les dans nos fiches : rose rouge, violette, myosotis, lilas, pensée.

Et aujourd’hui ?

Le langage des fleurs n’est plus un code secret, mais il continue d’inspirer : choix d’un bouquet de mariée, fleurs de deuil, tatouages, cadeaux personnalisés. Chaque culture garde aussi ses propres codes : le chrysanthème, fleur des morts en France, est un symbole impérial au Japon.

Pour explorer ces différences, consultez nos pages signification des fleurs par culture et par émotion, ou notre index complet du langage des fleurs.

Sources : Wikipédia, Language of flowers ; Cornell University Library, « Le Langage des Fleurs – Charlotte de La Tour » ; Internet Archive, Le Langage des fleurs (édition numérisée).

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